Billet 2 de la semaine n°4: l’universalité des médias

Question de la semaine: 

Bernard Derôme affirme dans son texte: « La première fois que j’ai vu la télévision, […o]n y montrait le couronnement de la reine Elisabeth II à Londres. À ce moment-là, j’étais loin de pouvoir comprendre toute la portée de ce premier grand événement mondial de la télévision. » Et vous? À quel souvenir associez-vous votre prise de conscience du caractère international (où « universel? ») des médias? La télévision, la radio, l’Internet?

 

 

Née en 1991, mon père m’offre mon premier ordinateur 8 ans plus tard avec l’arrivée d’internet dans les foyers. J’appartiens à cette génération « Y » pour qui la diffusion d’informations à échelle internationale faisait partie du quotidien, chaque matin avec les journaux, et la radio que nous écoutions en voiture. En revanche la télévision elle n’était pas dans mes habitudes, mes parents étant déjà à l’époque insatisfaits de la qualité des programmes diffusés sur les grandes chaînes nationales.

Ma première prise de conscience du caractère internationale de l’internet remonte à mes premières utilisations des services encore méconnus de ce portail universel. Un peu naïvement, ne sachant pas comment et pourquoi m’en servir, je tâtonnais mon navigateur par les pubs vu à la télévision. Je me rappelle un peu honteusement avoir été sur un t’chat avec une amie, et c’est alors que j’ai découvert que je pouvais communiquer avec des gens venant du monde entier, que je ne connaissais même pas, mais qui étaient là, connectés en même temps que moi, malgré nos différences de fuseaux horaires.

J’ai alors vraiment pris conscience que cette grosse machine carrée qui trônait dans ma chambre pouvait me relier au reste du monde. Au même moment je me rendais compte du champ de liberté qui s’ouvrait à moi. Je crois que mon sentiment était partagé entre la frayeur de l’inconnu et l’enthousiasme de pouvoir taper tous les mots clefs qui me venaient à l’esprit pour voir quels résultats il en ressortirait.

Paradoxalement ce n’est que plus tard que j’ai pris conscience de ce même sentiment que décrit Bernard Derôme « de la portée d’un événement » grâce à la télévision.

(Un homme nettoyant le sable de la plage d’Erdeven en Bretagne)

J’avais entendu à la radio ce matin de décembre qu’un bateau avait échoué au large de la Bretagne alors qu’il transportait plusieurs milliers de tonnes de fioul, mais je ne saisissais pas vraiment les conséquences de cet événement, qui me paraissaient, à travers cette voix d’étranger, bien loin de mes préoccupations. C’est seulement quelques semaines ou mois plus tard, installée confortablement devant la télévision que je découvrais des images des plages de ma Bretagne natale, polluées et défigurées par le fioul. Ces images m’ont réellement touché, bien plus qu’aucun autre média n’aurait pu le faire.

En effet la télévision à ce pouvoir, comme le cinéma de réunir le son aux images, et ce de manière plus abrupte que l’internet, où l’on fait soi-même la démarche d’aller chercher l’information. Ce jour là, la télévision m’avait poussé à m’engager auprès de ces habitants pour aller ramasser les dégâts laissés par ce naufrage.

Il est clair que notre rapport à la télévision a été entièrement modifié par le web, comme le décrit très justement Isabelle Veyrat-Masson, directrice du Laboratoire communication et politique:

« Les journaux télévisés font toujours de très gros scores mais la différence, c’est que le téléspectateur qui le regarde est informé en amont grâce à internet.  Il ne découvre pas devant le JT ce qui se passe dans le monde : ça, c’est fini ! Cette tendance a été accélérée par Internet. La conséquence, c’est que le journal d’information va s’adapter à ce nouveau public. » (atlantico.fr, 2012, en ligne)

(Flipboard sur Ipad)

L’universalité des médias va donc beaucoup plus loin que d’informer chacun en temps réel sur le monde entier. L’universalité se démultiplie dans notre façon de concevoir les médias, vers un support unique ouvert à toutes les formes de communications, comme le propose partiellement le lecteur Flipboard (flipboard.com, 2012, en ligne) et comme l’envisage Brice Challamel sur son blog « La pensée multiple » (2012, en ligne) « et si on nous offrait bientôt un média universel, intégrant toutes les formes d’expression culturelle (écrit, photographie, vidéo, cinéma, etc.) avec un contenu accessible selon l’intérêt du sujet pour chacun de nous (Amazon), l’expertise de l’auteur (Wikipédia), notre degré d’affinité avec lui (Facebook), le vote des autres lecteurs (Digg) et tout cela en intégrant une part de proposition libre pour nous surprendre (Chatroulette) ? »

Ce qui est certain c’est que la réception de l’information du monde entier n’est plus une fin en soit, et suscite l’engouement de chacun à vouloir y participer. Ne plus être qu’un simple spectateur, comme nous l’étions devant notre télévision, hébétés de ces nouvelles mondiales que nous recevions sans pouvoir y réagir qu’entre nous.

Bibliographie:

Challamel, Brice. 2010. « Vers un média universel » http://www.lapenseemultiple.fr/2010/11/vers-un-media-universel/. En ligne. Consulté le 25 septembre 2012.

Meret, Valérie. 2012. « Le web va-t-il finir par dévorer la télé? » http://www.atlantico.fr/decryptage/web-va-finir-devorer-tele-veyrat-masson-452406.html?page=0,0. En ligne. Consulté le 26 septembre 2012.

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2 réflexions sur “Billet 2 de la semaine n°4: l’universalité des médias

  1. Brice dit :

    Bravo pour cet article ! Quelques idées qu’il m’a inspiré… 😉

    Le petit monde des médias semblait en effet bien organisé avant l’arrivée d’internet : la radio pour l’information en temps réel, la télévision pour les images, la presse pour la réflexion et la prise de recul.

    Or voilà qu’un seul « média » fait mieux sur chaque point que tous les autres réunis : Twitter va plus vite que la radio, Youtube propose des vidéo en streaming haute définition avec sous-titres et la quantité de perspectives liées aux forums, blogs, sites, wikipédia, etc. ridiculise les anciens journaux en matière de sources de réflexion.

    Reste le problème de la qualité, de la pertinence, de la séquence dans laquelle l’information nous est proposée. Ils restent l’apanage des grands journaux mais Internet est en train de se mettre à niveau avec le nouveau métier des « curators » et sa déclinaison par exemple sur le site Scoopit.com sur lequel je suis d’ailleurs abonné à plusieurs très bons « organisateurs d’information ».

    Deux ans déjà depuis que j’ai rédigé l’article que vous mentionnez. Je réalise en vous lisant que sur Internet on reçoit des nouvelles globales de façon de plus en plus intense (Fukushima), mais aussi qu’on y prend des chemins de traverse qui peuvent être de plus en plus personnalisés (ce commentaire). Miroir de notre conscience qui rêve du monde dans la globalité et se trouble d’un mot chuchoté au creux de l’oreille… 😉

  2. Anastasia dit :

    Merci de votre commentaire, qui plus est très instructif! En effet je n’ai pas pu traiter la partie « limites » dans ce petit article qui doit répondre le plus justement à la question posée. J’ai abordé le modèle de « l’unimédia » (Régis Debray) en tant qu’ouverture seulement.

    Je ne connaissais pas Scoopit, et il me semble être un outil très pertinent, que je ne devrais pas tarder à rejoindre.

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